Ma lavandiere

Ma Lavandière

Ma Lavandière

Je suis allé voir hier,
Juste après la caféine,
Les yeux de ma lavandière
Pour lui léguer ma comptine

De fripes infâmes et usées
Masquées d'un pestilentiel
Arôme. Elle n'a pas osé,
Lors de la prise amoncelle,

Mettre ses sinus en cage,
Mais le rictus prononcé
Qui maquilla son visage,
Comme une preuve annoncée,

Me fit comprendre à quel point
Le temps s'était écoulé
Et m'avait plaqué bien loin
De ces coutumes refoulées.

De sa brosse rose bonbon,
Elle noya de détergent
Les recoins nauséabonds
Sujet à un transpirant

Marquage; puis elle déversa
Ce tas de tissus dotés
D'un vague passé de forçat
Dans ce bassin tourmenté

D'une eau claire qui prend sa source
Sur ces culminantes fraîcheurs
Et qui termine sa course
Entre les doigts caresseurs

De ma pimpante lavandière.
Elle malaxe le textile
Comme une vraie boulangère,
Allégeant le moindre fil

De son surplus adipeux
Et juste après le rinçage
Où elle me fit cet aveu
D'être le contraire d'un sage,

Elle tournoya la ropa
Et l'éclata violemment,
De son geste de compas,
Contre la roche fulminant

Qu'elle hachura d'une vapeur
Aussi concise que furtive.
Elle couronna son labeur
Sous la lumière la plus vive

Et transbahuta enfin
Cette immaculée surface
De la bassine au filin
Avec élégance et grâce.