Introduction

Introduction

ma main et l'amphetamine

"Les Andes a Dedo", ainsi se nomme l'acte un:
Une année d'errance sur le hasardeux chemin
De la Liberté; une année d'autostopage
Sur les sinueux sentiers d'Andins paysages;

Une année, et tant de mois flatté par un vent
Unique, omnipotent, créateur d'invariant,
Incessant, éternel, formateur d'informel,
Un vent austral, galvanisateur temporel.

De retour sur le berceau des superlatifs,
Je pris conscience du constat non relatif
Que l'on n'est point prophète sur sa propre patrie:
Je suis donc repartis pour la Patagonie;

Je devais retourner en ce lieu dévoué,
Sur cette terre promise nommée Caviahue,
Ressentir cet air, réécouter ce silence,
M'isoler pour oublier cette décadence.

L'émigration finale forme l'acte second,
Sans folle errance ni même jeu de vagabond;
Mais pour un tas de raisons ma fois fort diverses,
Je fis route vers le Nord, direction inverse,

Sur les prémisses de cette indicible Puna,
Dans cette sublime cité nommée Salta
Et, le climat clamant sa clémence, j'y resta
Plus de trois mois: la Patagonie attendra.

La quasi-totalité des poèmes suivants
Furent rédigés durant cette période sans vent,
Rédigés en attendant la Patagonie
Car l'acte trois, forcément, s'écrira ici,

A moins qu'un en'mi nommé Menem ne la vende,
A moins qu'elle ne devienne le triste couvent de
Déchets radioactifs provenant du Vieux Monde,
A moins cela, mais j'oublie ces idées immondes.

Que sera l'acte trois ? Je ne veux le savoir.
Quand sera l'acte trois ? Je ne peux le savoir.
Mais il sera, il sera la confirmation
De ma propre Sud Américanisation.

La quasi-totalité des poèmes suivants,
Qui ont l'abîme de mes entrailles pour couvent,
Virent le jour brutalement, impulsivement,
Ils virent le jour violemment, instinctivement;

Ils ne sont le fruit d'aucune, d'aucune réflexion;
Ils naquirent de ma mine ainsi, sans autre action
Ni préliminaire attention; ce sont en fait
Les extraits de ce qui trotte dans ma pauvre tête.

Les vers qui suivent ne sont que des vomissements,
Vomissement de mon cerveau, vomissement
De mon cœur, vomissement de ma propre église,
Et puis vomissement de mes mains insoumises.

C’est vrai, avec tort, que je ne suis pas très fort
Dans la conception subtile de la métaphore;
Mais j'ai toujours été, de manière instinctive,
Plutôt doué dans la mise en forme subjective.

Car si je porte des lunettes noires et rondes,
C'est parce que mes yeux, comme mon cœur, aux ondes
Se veulent sensibles, mais surtout parce que ces yeux
Devisent plus que ma bouche et que, silencieux

Préférant être, je les masque par cet obscur
Reflet. Déblatérant peu de paroles impures,
Il faut donc que mes écrits fassent preuve d'une vive
Subtilité, une subtilité subjective.

Il faudra donc porter vos yeux entre les lignes
Si vous souhaitez cerner le sens le plus digne
De mes vomissements; il vous faudra transcrire
Tous ces caractères blancs qui révèlent le pire;

Car l'invisible en dit parfois tellement plus
Que ce visible évident et riche en lapsus,
Même si tout se veut profondément relatif
Dans l'interprétation d'un bien flou subjectif.

Les esquisses accompagnant cette prose amère
Ne sont que des lignes parallèles aux vers;
Elles ont pour sources cette même mine flattée,
Pour ressource cette même impulsivité,

Pour rescousse cet idem tempérament,
Et pour secousse ce même vomissement.
A l'instar de l'acte un, l'histoire d'une fuite,
Elles sont apparues, inconsciemment, à la suite

D'une agitation soudaine de mon bras droit,
D'une transcription massive de mon émoi:
Car elles sont moi, par-dessus tout, même si je semble
Y figurer que rarement dans son ensemble.

Je n'ai jamais, mais jamais aimé m'exhiber,
Même les rares jours où je semblais tituber,
Alors je m'exhibe dans mes oeurvres "bien clean",
Ces quelques lignes nées de ma mine, de mes mines,

Qui révèle plus que ma bouche, mais moins que mes yeux,
Car le mystère doit avant tout jouer son jeu
Et le dominer. Alors bonne lecture, vraiment,
Et n'oubliez pas, tout n'est que vomissement.


Le 8 novembre 2002, 22h03 GMT, Vol LH 527,
quelque par entre Buenos Aires et Frankfurt.